“Jours sans faim” de Delphine de Vigan … une autobiographie cachée de l’auteure

Bonsoir tout le monde ! Alors que la plupart d’entre vous (je parles des élèves et étudiants) sont en vacances et que moi je ne le suis que demain et ce pour une semaine (merci les British), je profite d’un petit moment de calme pour vous parler d’une de mes dernières lectures en France et que je n’ai pas encore eu le temps de vous présenter. Pour ça … un petit flashback dans le temps est très certainement le bienvenu.

Voilà, ma soeur Cosmique, Childhood-is-better pour vous (Pan pour moi), a écrit il y a quelques temps maintenant, une chronique sur “Rien ne s’oppose à la nuit” de Delphine de Vigan, un vibrant hommage à sa mère décédée. Suite à sa chronique touchante, j’ai eu envie de lire ce livre seulement voilà : le hic est que si j’ai énormément aimé ma lecture malgré des passages troublants et qui peuvent retourner pour certaines âmes sensibles, je suis incapable de faire ma chronique dessus (pourtant, c’est pas faute d’avoir essayé pendant des semaines). J’ai donc décidé de me rattraper avec “Jours sans faim”, un de ses premiers romans, court aussi, sur une jeune fille dont voici le résumé :

Cela s’était fait progressivement. Pour en arriver là. Sans qu’elle s’en rende vraiment compte. Sans qu’elle puisse aller contre. Elle se souvient du regard des gens, de la peur dans leurs yeux. Elle se souvient de ce sentiment de puissance qui repoussait toujours plus loin les limites du jeûne et de la souffrance. Les genoux qui se cognent, des journées entières sans s’asseoir. En manque, le corps vole au-dessus des trottoirs. Plus tard, les chutes dans la rue, dans le métro, et l’insomnie qui accompagne la faim qu’on ne sait plus reconnaître. Et puis le froid est entré en elle, inimaginable. Ce froid qui lui disait qu’elle était arrivée au bout et qu’il fallait choisir entre vivre et mourir.

L’héroïne s’appelle Laure, a 19 ans et souffre d’anorexie. Au début de l’histoire, elle ne fait que 39 kilos et après une longue descente infernale avec tout ce qui l’accompagne (douleurs et j’en passe), elle finit par comprendre que sa prochaine étape est la mort et donc accepte l’aide du Docteur Brunel pour se sauver. Elle nous raconte (enfin … c’est à la troisième personne tout de même) ses trois mois d’hospitalisation, ses progrès comme ses angoisses car on sait tous que pour un/une anorexique, il est difficile de renoncer à contrôler son poids. Le témoignage de Laure est poignant sans jamais tomber dans le mélodrame. On ne sait pas comment elle en est arrivée là car elle ne s’étend pas sur le sujet mais on sait juste que ses parents sont “toxiques” pour elle. On parle donc seulement de ses trois mois passés à l’hôpital à essayer de retrouver une existence “normale” : seulement des kilos à reprendre pour que sa vie ne soit plus en danger (d’ailleurs, elle veut surtout pas dépasser les 50 kilos qui lui donneront le droit de sortir de  l’hôpital mais … elle sort quand même (lire le livre pour savoir)). C’est alors le début d’un long combat contre elle même (et contre son double un peu schizophrène qu’elle appelle Leanor (enfin je sais plus, j’ai pas le livre avec moi en Angleterre) pour accepter les 4500 calories par jour qui lui sont directement injectés dans l’estomac à l’aide d’une “nutripompe” (rien que la description de la bête … j’ai plaint Laure). Hospitalisée dans un service de gastro-entérologie, elle va se lier d’amitié avec des patients atteints de la même maladie qu’elle mais aussi d’autres souffrant du contraire : l’obésité. Ces amitiés seront primordiales pour elle et l’aideront à accepter ce corps qu’elle voit enfler à “vue d’oeil” et sur lequel elle n’a plus aucun contrôle (citation : “Elle a mal à ses joues qui se remplissent et aux rondeurs qui s’esquissent, elle souffre de cette chair qui prolifère sur elle comme une greffe exponentielle.”). Donc on suit son parcours qui jongle entre désir de s’en sortir et révolte contre son traitement (Elle va même jusqu’à feinter le personnel soignant en vidant parfois le contenu de la nutripompe dans les toilettes ou en buvant un litre d’eau avant la pesée). Cependant, à sa sortie de l’hôpital, son combat est loin d’être gagné, malgré la fin est très optimiste sur sa guérison car elle sait que cette maladie ne lui laissera pas de seconde chance. (citation : “Sur son cahier elle a écrit je ne serai pas récidiviste, une incantation plutôt qu’une certitude. Elle voudrait y croire. De toute façon, c’est bien connu, il ne faut jamais recongeler un produit décongelé“).

Ce livre fut un petit coup de coeur pour moi (après “Dublin Street” qui semblait être un mélange de roman sentimental à de la littérature érotique, on change totalement de cap !) car après ma lecture de “Rien ne s’oppose à la nuit”, je ne pensais pas être capable d’autant aimé son écriture (depuis … “No et moi” attend sagement dans ma liseuse (car oui ! Moi Holly, Bookalholic reconnue et fière de l’être et qui s’était promis de rester fidèle au livre papier, j’ai succombé à la tentation)). Pour la petite histoire, ce livre est premièrement paru sous le pseudo de “Lou Delvig”. Ce n’est qu’à la mi-2012 (soit à peu près après la sortie du livre sur sa mère Lucile ou avant je sais plus) que ce livre a été réimprimé sous son vrai nom d’auteur (il est d’ailleurs cité dans “Rien ne s’oppose à la nuit”, d’où peut être mon envie de le lire en premier). Alors quand je suis tombée dessus par hasard (alors que je lézardais pour acheter encore et encore un tas de livres pour une chronique spéciale littérature érotique pour le Webzine MGG), je n’ai pas pu résister et l’ai lu d’une traite (il est court et je lis très vite). Après réflexion, j’ai compris pourquoi elle a écrit ce livre sous un pseudo : c’est lors de ma relecture (oui je suis un peu maso parfois) de “Rien ne s’oppose à la nuit” que je l’ai vraiment compris car en fait, Laure, c’est elle, Delphine de Vigan, l’auteure. Elle a souffert pendant son adolescence et l’anorexie fut comme un moyen pour elle de lancer un signal d’alarme à sa famille (du moins, je l’ai perçu ainsi). Alors même si les noms ont changé et que le récit semble être de la fiction, je reste intimement persuadée que Delphine de Vigan a cherché à nous raconter une partie de son histoire à elle, comme un prélude à son hommage vibrant à sa mère, Lucile.

Alors vous, mes lecteurs/lectrices ou même visiteurs, si vous avez lu/pas lu “Rien ne s’oppose à la nuit”, lisez “Jours sans faim”, un livre qui peut permettre de découvrir/comprendre cette maladie sournoise qu’est l’anorexie.

PS : Article que je dédie bien évidemment à ma Soeur Cosmique et à ma cousine M. qui sait de quoi je parle en la citant.

About Holly Goli

Holly Goli ou Noémie de mon prénom. 90's girl vouant un culte à Audrey Hepburn, passant son temps à écrire sur tout et n'importe quoi, culturée jusqu'au bout des ongles, prof d'anglais, ex-étudiante en lettres et ex-assistante de français chez les Anglais.

10 thoughts on ““Jours sans faim” de Delphine de Vigan … une autobiographie cachée de l’auteure

  1. Merci pour cette touchante dédicace ma Soeur Cosmique ♥ Tu as beau être dans un autre pays, tu arrives toujours autant à m’émouvoir et j’avoue que je suis ravie de lire une aussi belle chronique. Même si j’aurais adoré lire ton avis sur Rien ne s’oppose à la nuit, je sais ce que c’est de ne pas parvenir à écrire sur un sujet et dans ce cas-là il ne faut rien forcer ! Quoi qu’il en soit, tu me donnes comme souvent envie de me procurer ce petit livre. Tu n’as pas été déroutée par l’écriture à la troisième personne toutefois ? Car comme nous savons après coup que c’est son histoire qu’elle raconte, je m’attendais à ce que le “je” prédomine. Dans les citations, c’est très étonnant de voir la distanciation qu’elle opère de cette façon même si on peut le comprendre. Merci encore pour cette belle chronique ma Holly, j’espère te relire vite ! Ta pan.

    1. A chaque fois que je te dédicace une chronique, elle finit en UNE Culture sur HC alors déjà, tu as le droit à un gros câlin et des bisous.
      Quand on y pense, je l’ai écrite d’une traite cette chronique, hier soir, en discutant avec Lily (alias la rédac’ chef de MGG (d’ailleurs faut qu’on parle de ta place dans le Webzine)) et comme toi, elle avait envie de lire le livre (manque de bol, j’ai pas l’ebook :() et les mots sont venus tout seul alors que voilà un petit moment que je l’ai lu (je me rappelle même t’avoir fait un rapport dessus via des SMS) donc quelque part, je suis contente que mon premier jet fut le bon.
      J’aurais vraiment aimé écrire sur “Rien ne s’oppose à la nuit”, j’avais même commencé un bon truc mais l’évocation de mes sentiments vis à vis de certains passages dits “sensibles” m’ont bloquée. Ma mère ne supportait plus de m’entendre en parler (car oui, dès que j’avançais dans ma chronique, je lui lisais ce que j’avais écrit) d’ailleurs.
      Sinon la troisième personne ne m’a pas choquée non car quelque part, c’est comme si Delphine de Vigan avait réussi le tour de force de sortir de son corps et d’arriver à parler de sa maladie comme d’une chose dit “banale” (j’espère que je m’exprime bien). Bref … je t’embrasse très fort ma Pan et j’ai hâte de te lire à nouveau (chroniques ou mails ^^)

  2. J’ai également du mal à parler de cette lecture qui m’a tant touchée, parfois choquée, oui, mais qui m’a marquée, aussi, car en lisant cette histoire j’ai eu l’impression que cela aurait pu m’arriver, que je ne suis pas passée loin de tout cela. Et puis je me suis reconnue dans son témoignage de combat contre la maladie, même si j’ai trouvé l’héroïne très combative un peu malgré elle, on eût dit qu’elle s’est laissée guérir… En tous cas , si tu n’as pas encore lu No et moi je te le conseille vivement, ainsi que Les heures souterraines 😉 Merci pour cet article !

  3. J’ai une nette préférence pour “Rien ne s’oppose à la nuit”. Mais les deux livres sont très différents sur plein de points.
    Delphine de Vigan est très touchante et très “à vif” comme auteur. Elle me met presque mal à l’aise parfois, notamment dans “Rien ne s’oppose à la nuit” d’ailleurs !

    1. C’est un peu pour ça que j’ai pas réussi à écrire une chronique sur “Rien ne s’oppose à la nuit”. J’ai été mal à l’aise pendant certains moments et donc pour décrire ensuite … je ne me sentais pas capable d’aller jusqu’au bout.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

CommentLuv badge