« Electre 21 », tragédie grecque à l’ère moderne

Bonjour tout le monde ! Ces prochains jours vont être chargés en lecture pour vous car j’ai pris du retard dans mes chroniques (entre les révisions et le boulot, j’ai eu peu de temps pour moi et le site). Aujourd’hui, je vous parle d’un de mes derniers coups de coeur : Electre 21 de Romel. Pour ceux qui se souviennent, J’avais beaucoup aimé son premier roman Soif de musique et j’avais hâte de le redécouvrir. Merci à Eric Poupet pour cette jolie surprise ! En effet, pour la petite histoire, Electre et sa célèbre famille des Atrides fait partie d’un de mes sujets de prédilection (et du baccalauréat). Mais ceci est une autre histoire.

C’est quoi le pitch Holly ?

A l’orée des années 2020, Gratien Malo règne en maître et en visionnaire sur GlobalTrotter, l’une des premières sociétés mondiales de services et de technologies numériques, de celles qui façonnent le monde, pulvérisent les records boursiers, s’immiscent dans les affaires publiques et se lancent dans les projets les plus innovants, des drones taxis aux puces cérébrales…

Mais sa femme Amélie-Solène et l’homme avec qui elle le trompe ambitionnent de prendre le contrôle de son empire et complotent pour le faire disparaître.

Et lorsque Gratien périt, victime d’un « accident », sa fille Ludovine et ses proches, certains qu’il a été assassiné, entreprennent de le venger.

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Le mythe d’Electre, revisité à l’ère numérique: une histoire éternelle sur la haine, la vengeance et leur violence, placée ici dans l’univers des sociétés mondialisées de technologie. Une écriture rapide, flamboyante et féroce avec en toile de fond un monde confronté aux défis d’un changement de civilisation.

On en pense quoi ?

Magistral ! Je crois bien que c’est le mot que je vais véritablement attribuer à Romel pour qualifier son style, son écriture, bref … tout ! Le premier mot qui me vient est … magistral ! Non vraiment. Sa revisite de la pièce de Sophocle, elle-même reprise par Jean Giraudoux, est juste incroyable. J’ai retrouvé tous ces fameux passages qui sont « cultes » mais retravaillés, revisités et transposés à une époque plus proche de la nôtre.

On suit donc Gratien Malo. Une homme d’affaires régnant en maître sur le numérique. Sa société dont il est le fondateur et le dirigeant, GlobalTrotter, est un des leaders mondiaux du numérique. Son empire financier possède plus de poids et d’autorité que bien des gouvernements dans le monde. Bref … il pourrait être comparé à Dieu si on veut creuser un peu plus. Malgré cela, il a quand même gardé quelque chose de simple dans sa façon de vivre. On le voit par exemple au début du roman avec sa quête aux puces de Saint-Ouen. Un bon exemple qui prouve que Gratien a deux facettes bien distinctes de lui.

Mais si le professionnel marche du tonnerre, il n’en est pas forcément le cas de sa vie personnelle. Sa famille cache le fait qu’elle est en train de se disloquer, avec des silences, des non-dits parfois mais surtout de la haine. Son épouse, Amélie-Solène le hait de toute son âme, de chaque pore de sa peau (si je peux dire). Elle ne désire qu’une chose : prendre sa place à la tête de GlobalTrotter et voir son mari disparaître. Elle a aussi un amant : Sigismond Juphrénal. Un amant qui la comprend et partage ses ambitions.

Pourtant, les époux Malo ont quand même eu des enfants ensemble. Quatre même ! L’aînée, Eugénie, est morte il y a quelques années et cela pèse sur chacun d’eux. Baudoin, leur unique fils, est porté disparu. On ignore même s’il est mort ou non. Reste les deux autres filles, Ludovine et Clothilde. Ces deux jeunes filles souffrent de tout cela et essaie chacune à leur façon de vivre cette situation. Clothilde se cache alors que Ludovine exprime clairement son mépris et sa haine pour sa mère.

C’est là qu’on reconnaît pleinement les différents personnages de la pièce de Sophocle. Gratien est Agamemnon, Amélie-Solène est Clytemnestre, Sigismond est Egiste, Baudoin est Oreste et Ludovine est enfin Electre. Même Iphigénie est là ! En la personne d’Eugénie. Cependant, j’ai trouvé malgré tout que Romel avait quand même quelque peu cassé certains codes de ce mythe pour mon plus grand plaisir. Agamemnon est un monstre. C’est une réalité. Il a sacrifié sa fille pour faire la guerre de Troie. Ici, Gratien est plutôt calme, d’un sang froid total, et souffre de la mort de son aînée. Il a dédramatisé ce personnage horrible en le rendant bien plus humain et avenant. Amélie-Solène et Ludovine sont les répliques parfaites des personnages qu’elles représentes. Elles sont pour moi les pièces maîtresses dans les deux histoires (Electre 21 et la pièce de Sophocle). Si elles avaient été trop transformées, j’aurais vraiment été déçue. Ce qui n’est pas le cas.

A côté de ça, j’ai aimé la transposition à l’ère moderne, à l’époque où le numérique a pris une grande place dans nos vies. Quelque part, Romel le critique, à sa façon, mais avec une connaissance impressionnante de son sujet. Déjà qu’il maîtrisait la musique mais là … c’est du grand art ! Alors oui, son style d’écriture très développé et plutôt soutenu peut rebuter mais moi, je l’adore ! Romel a une écriture incroyable, presque incisive par moment. On éprouve aucun sentiment bon ou mauvais pour les personnages mais … une impartialité totale. On est plongé dans l’histoire comme un spectateur et non un acteur.

Le dernier point qui m’a plu c’est cette disparition d’Oreste. Baudoin n’apparaît que vers la fin du roman (si ma mémoire est bonne) et on a certes toujours la présence de la manipulation (Electre pousse son frère à commettre l’irréparable) mais j’ai trouvé qu’elle était tout de même différente et que donc, on pouvait mieux voir et découvrir la véritable nature des personnages. La question de la destinée dans la mythologie grecque n’est plus mais c’est vraiment un mal pour un bien. On se croirait dans un soap opéra mais en tellement plus sanglant. On en rirait presque ! On a de l’ironie, du caractère mais pas de caricature.

Conclusion

Electre 21 est une véritable pépite dans l’art de transposer et raconter une des légendes de la tragédie grecque. Des personnages fidèles aux originaux mais qui ont tout de même leur propre caractère, sans se calquer et se fondre pour devenir de pâles imitations. Une écriture toujours aussi incisive et des connaissances plus que maîtrisées. J’en redemande !

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2 Commentaires on « Electre 21 », tragédie grecque à l’ère moderne

  1. Romel
    6 mai 2017 at 11 h 35 min (5 mois ago)

    Merci infiniment pour votre chronique sur Electre 21. Un livre léger sur un thème qui l’est beaucoup moins. Ravi que vous y trouviez des résonances familières. Bon succès dans toutes vos entreprises! Romel.

    Répondre

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